I. 1. Le concept et la réalité de la bio-compatibilité électromagnétique
Est biocompatible électromagnétiquement un processus, un objet, un appareil, un facteur qui émet un champ électromagnétique de faible ou forte intensité dans diverses bandes de fréquences du spectre électromagnétique et qui n'exerce directement ou indirectement, à court, moyen ou long terme, aucun effet négatif sur la santé ou l'équilibre d'un organisme vivant. Il obéit au principe hippocratique "primum non nocere". A fortiori est biocompatible électromagnétiquement tout processus qui maintient ou améliore l'état de santé.
Sont concernés :
- les appareils et installations électriques et électroniques qui peuvent induire à court, moyen ou long terme, des perturbations biologiques sur un organisme vivant exposé à leurs rayonnements;
- également les appareils médicaux émettant des rayonnements et les méthodes thérapeutiques par irradiation;
- récemment, les dispositifs de protection électromagnétique mis sur le marché pour protéger les utilisateurs contre les champs électromagnétiques (entre autres émis par les écrans et les téléphones portables) : ces dispositifs ne sont protecteurs que s'ils établissent la biocompatibilité EM du rayonnement EM polluant concerné.
La mise en biocompatibilité électromagnétique est l'annulation ou la diminution maximale possible des perturbations biologiques induites par un processus, objet, appareil ou facteur irradiants.
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L'OMS considère aujourd'hui que l'augmentation de la pollution électromagnétique aux lieux de travail et résidentiels est un facteur de stress pour les populations.
Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé les ELF (extrêmement basses fréquences, de 0 Hertz à 3000 Hertz) comme « facteur cancérogène avec des preuves limitées ou possibles ».
Les populations sont immergées continuellement dans le foisonnement croissant des champs d'origine technologique. Les hommes sont affectés par ces champs comme le sont les autres organismes vivants. Ce qui est confirmé par une immense quantité d'évidences scientifiques ( Bersani 1999).
Dans le même temps, cependant, de nombreux auteurs notent que les origines physiques du phénomène ne sont pas claires à ce jour, les phénomènes biologiques eux-mêmes semblant souvent paradoxaux. Cela permet à certains de spéculer sur l'aspect de la sécurité des rayonnements EM dans des directions qui ne sont pas toujours compatibles avec la Science. En particulier les fabricants d'appareils électroniques largement utilisés, tels que téléphones portables, ordinateurs ou télévisions, continuent à déclarer que leurs produits sont sans danger, sur la seule base que le rayonnement de leurs produits n'est pas suffisamment intense pour provoquer le réchauffement délétère des tissus biologiques.
Simultanément, cependant, de nombreuses expérimentations montrent que des champs EM faibles et hyperfaibles peuvent influencer des tissus vivants, et même des organismes entiers et que les effets de ces champs sur le vivant sont caractérisés par des « fenêtres » de réponses biologiques.
De telles observations vont à l'encontre du paradigme qui sous-tend les standards de sécurité existants, à savoir que les champs EM ne peuvent entraîner des effets biologiques que s'ils causent le réchauffement des tissus ou - pour les extrêmement basses fréquences (ELF) - que si leurs intensités dépassent les limites fixées.
I. 2. L'inadéquation pour le vivant des normes actuelles de rayonnements non-ionisants
Les normes actuelles, fixées pour l'exposition des personnes, consistent à limiter l'intensité des rayonnements. Elles sont établies exclusivement par la mesure physique de la quantité d'énergie rayonnée par l'émetteur ou absorbée par la matière inerte qui y est exposée (SAR).
Les normes de sécurité des pays occidentaux n'apportent pas le niveau de protection approprié, comparées aux pays de l'Est (Russie par exemple), beaucoup plus restrictives, issues de l'expérience des effets non-thermiques et des ELFs.
- concernant les extrêmement basses fréquences (ELF) et l'effet non thermique
Dans un rapport de synthèse établi en 1998 par des experts occidentaux et de l'ex-URSS concernant les travaux réalisés dans les pays de l'Est et jusque-là inconnus à l'Ouest, les experts ont recommandé que l'élaboration des normes de protection humaine contre les rayonnements tienne désormais compte des extrêmement et très basses fréquences (Grigoriev, 1998). Cette recommandation vient à point nommé, d'autant plus que les extrêmement basses fréquences ont été récemment classées parmi les agents potentiellement cancérigènes (Portier et Wolfe, 1998).
Les normes devraient prendre en compte la décision prise par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), agence de l'Organisation Mondiale de la Santé, en 2001, de classifier la gamme de fréquences des ELF dans la catégorie : « classe 2B » c'est-à-dire « facteur cancérogène avec des preuves limitées ou possibles ».
Cette classification de cancérogénicité des ELF démontre que les effets non-thermiques devraient être largement pris en compte (puisque les ELF appartiennent à une bande de fréquences où il n'y a pas d'effet thermique)
- paradoxes entre les normes spécifiques aux différents appareils rayonnants
Les normes EM sont formulées par gamme de fréquences et par mode d'exposition (intensité, puissance), cependant cela se traduit par des paradoxes :
- aucune norme n'est établie pour les ELF d'un téléphone cellulaire, alors que l'intensité des ELF émises par ce dispositif portable (tenu contre l'oreille) peut atteindre une puissance de 10 à 25 fois plus élevée ( 1,8 µT à 5,2 µT ; Linde T. et Mild Kh. ) que celle des normes (MPR3) qui concernent les ELF des écrans d'ordinateurs (0,2 µT à 50 cm)
- alors que l'exposition des habitants aux antennes relais et stations de base de la téléphonie mobile est continue, que leurs radiations micro-ondes sont modulées en ELF : aucune recommandation ou directive ne tient compte des effets non-thermiques des signaux ELF d'une station relais.
Par ailleurs, il est ironique de constater que la législation actuelle de l'UE sur la Compatibilité ÉlectroMagnétique (CEM) exige que tous les matériels électroniques proposés à la vente puissent fonctionner de manière satisfaisante jusqu'à une exposition à une puissance de champ électrique de 3V/m ;
- or, pour le vivant les normes de sécurité humaine, (qui sont encore absurdement basées sur des considérations strictement thermiques [c.à.d. exclusivement d'intensité], telles que les normes de l'ICNIRP ou CENELEC), permettent cependant des expositions pour les usagers à des champs électriques plus de dix fois plus fortes que la norme CEM de 3V/m qui concerne les matériels électroniques.
- concernant les micro-ondes, l'effet thermique, la téléphonie mobile et le S.A.R.
Les normes ou plutôt les recommandations pour la téléphonie mobile ne concernent que les niveaux d'exposition pouvant entraîner des effets de réchauffement des tissus, de façon aiguë et à court terme, en réponse directe à des « fortes doses ».
Les normes d'émission des téléphones cellulaires, valables pour la gamme des fréquences des micro-ondes de 0,9 à 1,9 GHz, sont basées sur l'échauffement quantifié par l'évaluation du S.A.R.(Specific Absorption Rate) "taux ou débit d'absorption spécifique" (TAS ou DAS) d'énergie par les tissus.
Elles ne tiennent ainsi compte que de l'effet thermique.
La plupart du temps, la mesure du SAR s'applique soit à des cadavres d'animaux, soit à des équivalents synthétiques de tissus ou d'organes « fantômes » dont les propriétés physiques et chimiques sont assimilées à celles de tissus vivants. Le SAR ne pouvant se mesurer dans un cerveau humain en activité : la sonde s'immerge dans un récipient contenant un liquide censé simuler les propriétés électriques des tissus biologiques.
En fait, un fantôme n'est que la réplique synthétique du volume d'une tête humaine remplie d'un liquide salin correspondant au sérum physiologique. Or, fantômes et cadavres sont des objets inertes, dénués de vie, et donc incapables de réponse biologique mesurable. En conséquence le SAR n'est que la signature physique de la composante électrique des micro-ondes et à cet égard, n'a aucune signification biologique, dès lors que sa mesure n'est pas contemporaine de l'observation d'un effet biologique sur le vivant. Or, la mesure du SAR sur le vivant pose des problèmes techniques dont la solution est loin d'être évidente. On peut dès lors s'interroger sur la validité et de l'utilité du SAR tel qu'actuellement mesuré ou calculé, si ce n'est une simple indication de la quantité d'énergie déposée dans les tissus.
- La réduction des radiations n'est pas une solution au vu des résultats biologiques
Pour les écrans d'ordinateurs, les normes MPR3 prennent en compte les effets non-thermiques des ELF sur la santé (puisque les ELF appartiennent à une bande de fréquences où il n'y a pas d'effet thermique et que les normes imposent une réduction maximale de leur intensité d'émission, ce qui correspond à une tentative de réguler les effets athermiques)
Cependant, malgré cette norme d'intensité minimum des ELF, des perturbations biologiques et de santé se manifestent (Youbicier-Simo 1997 ; Bastide 2001) comme le montreront les études publiées décrites plus loin.
Pour les « limites recommandées » (aucune norme légale n'existe encore) des téléphones portables, seul l'effet thermique (SAR) des micro-ondes est quantifié alors que les ELF et leurs effets non-thermiques ne sont pas pris en compte.
Cependant, malgré cette limitation (SAR) -ou la réduction progressive de l'intensité des micro-ondes par les constructeurs, et même après la suppression totale -expérimentalement- des micro-ondes, les perturbations biologiques se manifestent avec la même gravité.(Youbicier-Simo 2000-2001 ; Bastide 2001)
Les extrêmement basses fréquences (ELF) des écrans de visualisation, des téléphones portables et des stations de base de la téléphonie mobile ne pouvant être supprimées : ni la diminution d'intensité ni les techniques de filtrage des autres gammes de fréquence ne pourraient constituer une solution totalement efficace pour la protection effective des organismes vivants.
Parce que la relation quantitative et proportionnelle « dose - effet » n'est pas linéaire, c'est-à-dire que l'intensité du champ électromagnétique, son augmentation ou sa diminution, n'entraîne pas une réponse biologique proportionnelle (en hausse ou en baisse) chez les organismes vivants exposés, on ne peut attendre de façon systématique une diminution des symptômes de stress biologique (ou empêcher le déclenchement des processus de stress) en diminuant l'intensité ou la puissance du rayonnement des ELFs ou des micro-ondes.
Pour cela, il est évident que la multiplication d'antennes-relais de plus faible puissance que celles existantes ne permet pas d'assurer une réponse biologique nulle, ni la sécurité sanitaire des habitants : aucune étude sur la réponse biologique à l'exposition d'une station de base de forte ou faible intensité n'est publiée : mais des résultats préliminaires cependant montrent qu'une forte toxicité se situe à 41V/m, qu'elle diminue à 6V/m et que, bien que plus faible, la toxicité est toujours présente à 2V/m.
- En tant que protection biologique, pourquoi ces normes sont-elles critiquables dans le principe ?
Parce qu'une norme de protection du vivant devrait s'appuyer prioritairement sur la réponse biologique. Or elles sont établies sur des critères théoriques et physiques obsolètes et inadéquats quant au vivant.
En effet, les travaux théoriques en biophysique et les expérimentations animales ou humaines les plus récents démontrent que :
1) « Il n'y a pas de limite d'intensité inférieure théorique à l'effet d'un rayonnement non-ionisant sur une cellule, un organisme vivant », (Dr.V. Binhi in « Magnetobiology -Academic Press).
Les organismes vivants sont sensibles à d'ultra faibles intensités de champs externes parce que le vivant fonctionne lui-même avec des énergies électromagnétiques hyperfaibles.
Cette sensibilité implique :
- soit au niveau , moléculaire, la capacité par exemple de l'œil à détecter un seul photon de lumière (Pour mémoire : le photon est la particule élémentaire transportant la plus petite quantité d'énergie électromagnétique spécifique à chaque fréquence)
- soit au niveau cellulaire, la capacité des protéines et du génome, à répondre, être affectés ou réagir, à des intensités et à des fréquences extrêmement faibles
- soit au niveau des organes, comme le cerveau ou le cœur, d'être susceptibles d'entrer en résonance avec des fréquences et des intensités externes similaires aux leurs. Le cœur produit un champ magnétique de 100 000 femtoTesla pour des fréquences électriques de 1 à 2 Hz. La puissance d'émission magnétique d'un cerveau humain est d'environ 150 femtoTesla pour des fréquences électriques de 0 à 31,5 Hz. L'orage magnétique induit dans le cerveau par une crise d'épilepsie produit une induction de 1 000 femtoTesla pour des fréquences de 17-18 Hz.
Pour mémoire, le champ ELF d'un écran de visualisation est de 250 nanoTesla au poste de travail, c'est-à-dire de l'ordre d'un million de fois supérieur en intensité aux champs développés par ces organes.
2) la durée d'exposition et sa chronicité sont un facteur déterminant dans les réactions biologiques ( Pr. Y. Grigoriev).
3) l'usage prolongé d'appareils aux normes n'exclut ni des manifestations de toxicologie aiguë ni la symptomatologie de stress chronique (Bastide ; Canavan ; Clements-Croome ; Stepanov ; Miyata ; etc. ).
(1)Voir réf. biblio «1. standards »